Les deux étapes de la mer au désert
J’ai souvent des sentiments étranges quand je lis la Bible, parce que je me suis toujours sentie concernée par une multitude de choses qui m’interpellent, sans pour autant comprendre profondément leur sens. Je suis dans l’incertitude quant à savoir si d’autres éprouvent les mêmes sentiments, et il n’est pas toujours aisé de se situer. Quand je parcours le chapitre 30 du Deutéronome, où la miséricorde divine est mentionnée, j’ai le profond sentiment que celle-ci ne peut survenir qu’après avoir traversé plusieurs étapes, dont deux sont essentielles : la bénédiction et la malédiction. On dirait que c’est le chemin « inévitable » pour finalement comprendre la miséricorde, étant donné qu’il est mentionné « Quand toutes ces choses, la bénédiction et la malédiction que je t’ai fait voir, seront venues sur toi, et que tu les auras prises à cœur au milieu de toutes les nations parmi lesquelles t’aura chassé Yahweh, ton Dieu, et que tu te seras de nouveau tourné vers Yahweh, ton Dieu, et que toi avec tes enfants tu voudras obéir à sa voix, exactement comme je te le prescris aujourd’hui, de tout ton cœur et de toute ton âme, alors Yahweh, ton Dieu changera ton destin, aura pitié de toi et te rassemblera de nouveau du milieu de tous les peuples où Yahweh, ton Dieu t’avais dispersé. Quand bien même tes captifs seraient à l’extrémité du ciel, Yahweh, ton Dieu, te rassemblerait de là et irait te rechercher ».
J’ai également réalisé que l’accomplissement se déploie en deux phases de plus de trois ans et demi chacune. Ce n’est pas simplement un accomplissement qui ne dure que mille trois cents jours environ, mais deux fois cette durée réelle. Le premier a lieu dans « l’eau », alors que le second se déroule dans « le désert ». On peut assimiler le premier à la traversée de la « mer Rouge », mais aussi à l’épisode de Jonas, qui passa trois jours et trois nuits à l’intérieur du poisson.
En définitive, le récit de Jonas est bref, mais il résume clairement ces deux phases. Cela est aussi évoquée différemment dans l’Exode, décrivant le peuple qui crie en Egypte avant d’être libéré de l’emprise de Pharaon. Ceci résume bien la première étape : comprendre que le peuple souffre en Egypte, mais qu’il n’a pas de solution pour échapper à cette servitude. Lorsque Yahweh envoie Moïse, il y a un renouveau d’espoir, mais d’une autre part, la foi du peuple n’est pas infaillible. Il fluctue entre la dévotion et l’adhésion à Dieu, et le chagrin d’avoir été déraciné d’Égypte. C’était un endroit en effet difficile, mais néanmoins où il parvenait à subsister. Au début, il était plutôt content d’avoir été éloigné du poids oppressant de Pharaon, surtout après avoir subi les « plaies d’Égypte » qui avaient frappé le peuple égyptien, dont il a été observateur tout en restant lui-même indemne. Le peuple demeure, malgré cela instable. Cependant, il réussit à traverser la mer Rouge, gardant la tête hors de l’eau, à l’opposé de Pharaon et de son armée qui se retrouvent noyés dans cette même mer. Le peuple mené par Moise, en revanche, se repent et se détache de ce monde, y renonçant en quittant la terre d’Égypte sans savoir où il va, mais suivant malgré tout l’envoyé de Dieu, Moise. D’ailleurs, c’est parce qu’il ne s’agit que de la première étape qu’on dit que Moise voit la terre promise, mais n’y entre pas, étant donné qu’il reste la deuxième étape. Au fond cela souligne que le peuple doit incarner pleinement Abraham afin d’en définir la postérité véritable. C’est là aussi la compréhension que pour recevoir la récompense de la réalité céleste, il faut vivre celle-ci totalement.
Ainsi, Jonas constitue la première étape du récit : il se retrouve dans la mer, puis dans la gueule du poisson, regrettant de ne pas avoir suivi les préceptes de Dieu et de l’avoir même fui pour échapper à ses ordres. C’est également pour une période moderne comme la nôtre, marquée par la tribulation où l’on est confronté et éprouvé par le mal et les actes d’injustice que l’on voit se produire sous nos yeux, et le refus de tolérer, d’approuver, voire même de participer à cette injustice. Ainsi, ceux qui ne se laissent pas corrompre par les tentations attirent, tout comme le peuple sous l’oppression égyptienne, l’attention de Dieu en Yahweh. C’est précisément à ce moment qu’Il intervient, nous offrant la possibilité de quitter ce monde puisqu’Il nous a observés en train de lutter dans la tribulation et donc dans la mer. Ainsi, après avoir poussé un cri vers Lui, Il nous repêche et nous fait remonter à la surface de l’eau. Cette expérience nous rappelle notre besoin de repentance et nous conduit dans le désert. La deuxième étape, qui durera presque aussi longtemps que la première, est caractérisée par la parole de Jésus : « autant Jonas demeura trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson dans la mer, le Fils de l’homme, lui, demeurera trois jours et trois nuits dans les entrailles de la terre ». Cette déclaration nous éclaire sur les sept ans que Salomon a consacrés à la construction du Temple de Yahweh.
Dans Osée, on évoque également la notion de « perspective de réconciliation ». Cela implique d’être guidé dans le désert, de se laisser séduire par Dieu et ses promesses. On dit d’ailleurs « Je transformerai la Vallée d’Achor en une porte d’espérance ». C’est la même Vallée d’Achor mentionnée dans Isaïe, où l’on parle du destin des justes et des injustes, et qui nous donne à comprendre le pourquoi on est sélectionné et jugé comme bon. « Ainsi dit Yahweh : lorsque l’on trouve du jus dans une grappe, on dit « ne l’abimez pas, il y a là une bénédiction ». Ainsi ferais-je à cause de mes serviteurs : la destruction ne sera pas totale. Je ferai sortir de Jacob une race, de Juda un héritier de mes montagnes : mes élus l’occuperont, mes serviteurs s’y installeront. Saron deviendra un parc à moutons, la vallée d’Achor un pré aux vaches, en faveur de mon peuple, de ceux qui m’auront cherché ». La vallée d’Achor évoque la vallée de l’affliction et nous rappelle en ce sens ce qui a attrait à la vallée qui se remplie des eaux de l’affligée. Dans le livre d’Osée, on évoque toujours ce qui arrive au peuple après avoir quitté l’Égypte et traversé la mer grâce au repentir, puis mené au désert où se produit une « seconde purification ». Le parcours maritime est perçu comme la purification du corps en raison du repentir, tandis que le séjour dans le désert est considéré comme la purification de l’âme, engendrant un désir de transformation totale de l’être intérieur. Il est d’ailleurs dit : « Et j’ôterai de sa bouche les noms des Baals et ils ne se souviendront plus de leurs noms ». Cela sous-entend que tous n’adoreront plus que Yahweh et seront unis à lui par une Alliance éternelle de justice, de droit, de bonté, de tendresse et de fidélité.
Il en est de même pour ce qui est énoncé dans Ezéchiel où Yahweh affirme qu’Il rassemblera ses brebis des mains des bergers déloyaux et de tous les endroits où elles ont été dispersées, les inspectant une par une. Cela peut également être interprété comme « le Seigneur qui revient comme un voleur et nous sert à manger parce qu’il nous trouve en train de servir les autres ». À ce propos, il jugera alors « Je porterai secours à mes brebis pour qu’elles ne soient plus au pillage et je jugerai entre brebis et brebis ». Le « berger fidèle » les paîtra lui-même et j’ai tendance à penser qu’il s’agit des membres du corps du Christ, faisant ainsi écho à Jésus demandant à Pierre de s’occuper de ses agneaux et de ses brebis. On retrouve également des allusions à Osée dans Ezéchiel « Je ferai avec elles une Alliance de paix et je ferai disparaitre du pays les bêtes féroces de sorte qu’elles habiteront en sécurité dans le désert et dormiront dans les forêts. Je leur donnerai des ondées en leur temps et je ferai tomber la pluie en son temps, des pluies de bénédiction. Alors les arbres des champs donneront leurs fruits et la terre donnera ses produits ; elles seront en sécurité sur leur sol et elles sauront que je suis Yahweh » et si nous poursuivons notre lecture, il apparaît clairement qu’on parle bien du peuple d’Israël : « Je leur ferai pousser une plantation parfaite ; personne ne sera plus enlevé par la famine dans le pays et elles ne porteront plus l’opprobre des nations. Elles sauront que moi Yahweh je suis leur Dieu et qu’elles, la maison d’Israël, sont mon peuple, Oracle du Seigneur Yahweh ». Au fond il est aussi dit qu’une fois le peuple rassemblé par la régénération morale et nationale, c’est à ce moment-là que Yahweh sanctifiera son grand Nom par cette régénération « Je sanctifierai mon grand Nom qui est profané parmi les nations au milieu desquelles vous l’avez profané, afin que les nations sachent que je suis Yahweh, quand je me sanctifierai en vous sous leurs yeux. Je vous retirerai d’entre les nations, je vous rassemblerai des pays et je vous ramènerai dans votre pays. Alors je vous aspergerai d’eau pure de sorte que vous serez purifiés, je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai au dedans de vous un Esprit nouveau ; j’ôterai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon Esprit en vous et je ferai que vous suiviez mes ordonnances, que vous observiez et pratiquez mes préceptes ».
On retrouve également la véritable interprétation de la terre promise dans ce même chapitre d’Ezéchiel : « Le jour où je vous purifierai de toutes vos iniquités, je repeuplerai les villes et les ruines seront rebâties. La terre dévastée sera cultivée au lieu d’être un désert aux yeux de tous les passants. On dira : cette terre qui était dévastée est devenue comme un jardin d’Eden et les villes qui étaient ruinées et détruites sont bien fortifiées et habitées. Alors les nations qui seront restées autour de vous sauront que moi Yahweh, j’ai rebâti ce qui était détruit, planté ce qui était ravagé ». Il est aussi mentionné un peu plus loin que Yahweh sera leur Dieu et qu’un seul roi gouvernera sur eux, son serviteur David. On dit également que son sanctuaire sera érigé au milieu d’eux pour l’éternité et que sa demeure sera élevée au-dessus d’eux. On retrouve là dans cette description ce qui nous rappelle l’arche d’alliance où Dieu vient se poser. Enfin il est encore dit qu’à ce moment-là, toutes les nations sauront qu’Il est Yahweh qui consacre Israël, quand son sanctuaire sera placé parmi eux pour l’éternité. Cela nous aide à saisir notre situation actuelle et les événements qui se déroulent, bien que beaucoup demeurent dans l’ignorance en raison de l’obscurité persistante dans laquelle une majorité se trouve encore plongée. Cela correspond parfaitement à ce qui est encore écrit de la Jérusalem future, qui se lève alors que les ténèbres recouvrent toujours la terre.